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 Et l'instinct maternel ????

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Louise

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MessageSujet: Et l'instinct maternel ????   Sam 13 Fév - 14:41

COUCOU !!
J'ai entendu E.BADINTER à la radio jeudi matin et j'ai souvent été choqué par certains de ses propos.
Je pense que cette femme est une précurseuse, que nous les femmes nous lui devons beaucoup.
Effectivement nous pouvons desormais travailler, être des "femmes actives" (oh ce mot !) et la société prend conscience de cette "parité" entre les hommes et les femmes.
Mais il y a quelque chose d'autres qu'il ne faut pas oublier et ne pas NIER, qui est l'ordre d'un phénomène naturel : on a du lait dans nos seins (et ouiiiii diiiinngue non ?) et on a des poussées hormonales, et même un instinct maternel (bé oui !) qui tend à nous collé à nos bébés, à avoir du mal à retourner au travail, qui nous colle à la peau (plus ou moins selon notre vécu et là où nous en sommes dans nos vies au moment de la rencontre avec nos enfants).
Bref, c'est quand même pas rien ça et sans proner l'allaitement maternel à tout va (on est chacune différente et unique et avons -oufff !- la liberté de choix) je pense vraiment que ce NATUREL qui nous appartient et qui nous colle aux basques ne pas être ignoré.
Je vous mets un article justement en dessous, je l'ai trouvé super interessant (merci Audrey Robine).
La chercheuse parle aussi de l'homme, du papa qui a aussi des changements hormonales lorsqu'il assiste de près à l'évènement, de la grossesse à la naissance et après...
Bon lisez on en recause !
Bises
Louise


«Le comportement maternel a une base biologique»
Une chercheuse américaine répond à Elisabeth Badinter

Par Anne Crignon


Aux Etats-Unis, Sarah Blaffer Hrdy, anthropologue et primatologue, membre de l'Académie des Sciences, s'est penchée sur les thèses d'Elisabeth Badinter. Pour la chercheuse américaine, réfuter l'existence d'un instinct maternel ne tient pas la route scientifiquement. Interview


Il y a dix ans paraissait sous la plume de Sarah Blaffer Hrdy, anthropologue, membre de l'Académie des sciences américaine - et féministe elle-même- 600 pages intitulées « les Instincts maternels » (Payot). Parce qu'on doit à la France, à travers les thèses de Simone de Beauvoir et Elisabeth Badinter, l'hypothèse de la « mère socialement construite », la chercheuse démolit cette doctrine, en répliquant que chez tous les primates, l'investissement maternel émerge à la suite d'une sorte de réaction en chaine, « interactions complexes entre gènes, tissus, glandes, expériences passées et signes de l'environnement. Les comportements complexes comme le maternage ne sont jamais totalement prédéterminés génétiquement ni produits par le seul environnement.» Les travaux de Sarah Hrdy n'opposent pas inné et acquis, nature et culture. Ils montrent que l'instinct maternel n'est pas une pulsion sommaire indestructible, mais qu'il se met en place si l'environnement n'est pas défavorable.


***


(c)Anne Hammersky
Sarah Blaffer Hrdy







BibliObs.- Trente après avoir remis en cause l'existence de l'instinct maternel, Elisabeth Badinter récidive. Elle explique par ailleurs que, de nos jours, des pressions s'exercent pour que l'enfant soit remis au centre de la vie féminine et présente l'allaitement comme une aliénation, voire une régression. Elle parle aussi d'une «offensive naturaliste»...


Sarah Blaffer Hrdy.- J'ailu le premier ouvrage d'Elisabeth Badinter sur la maternité avec un grand intérêt et non sans une certaine admiration. Néanmoins, je ne suis pas d'accord avec sa théorie selon laquelle il n'y aurait aucun fondement naturel et biologique pour expliquer le comportement maternel. Bien sur qu'il y en a! Cependant les critiques de Badinter, sa conviction qu'il existe un dogme déterministe et biologique bien trop simpliste m'a aidé à clarifier ma propre pensée. De ce point de vue, nous pouvons apprendre l'une de l'autre. Une grande partie du problème vient de la façon dont le terme «instinct maternel» a été utilisé. On l'a parfois perçu comme une sorte d'interrupteur qu'il suffirait d'activer ou non, comme pour allumer la lumière.


La réalité c'est qu'au cours de la grossesse, se met en place une chaîne de changements physiologiques considérables et qu'à la naissance, des neurotransmetteurs comme l'ocytocine sont libérés, qui favorisent la transformation de la mère. Si elle se trouve dans un contact intime et prolongé avec ce petit étranger sorti d'elle, ses circuits neuronaux se modifient et l'encouragent à répondre aux signaux et aux demandes émis par son enfant. Une fois que la mère commence à allaiter (dans les 70 heures environ suivant la naissance) et que le bébé stimule ses tétons, elle devient encore plus nourricière.


L'expérience aussi joue un rôle important pour «l'apprentissage de mère», comme c'est le cas pour tous les primates, mais surtout pour l'espèce humaine. Pour des raisons profondément liées à l'évolution, les réponses maternelles de la femelle humaine sont dépendantes du contexte social et particulièrement du soutien qu'elle va recevoir au non. On observe que les femelles humaines ont besoin d'un soutien plus important que tout autre mammifère. Et il ne faut pas oublier que bon nombre des femmes «abandonnantes» sur lesquelles Badinter a disserté de manière très virulentes, ces mères qui au XVIIIème siècle donnaient leurs enfants à de vagues nourrices, étaient éloignées de leur bébé juste après la naissance. On ne laissait presqu'aucune d'elles s'occuper de son nourrisson.


De plus, si vous envisagez la longue histoire de l'évolution humaine comme une sorte de coopérative de maternage - qui incluent pères, mères, oncles, grands-mères, frères et sœurs plus âgés- où chacun aide la mère à s'occuper du petit et à le nourrir, vous réalisez qu'une mère qui manque d'un tel support social n'a aucune chance d'élever ses enfants avec succès. L'abandon à la naissance était donc une réponse parfaitement naturelle pour les femmes privées de soutien. Proclamer que ces femmes n'ont pas d'instinct maternel parce que dans de telles conditions - arrachement du bébé à la naissance et manque de soutien- le lien avec l'enfant ne s'est pas mis en place, c'est mal interpréter les réalités biologiques complexes de l'amour maternel et l'ambivalence de l'espèce humaine.


BibliObs. - Elisabeth Badinter et vous êtes toutes deux féministes. En quoi votre féminisme est-il différent du sien?


Sarah B. Hrdy.- Je ne connais pas suffisamment l'œuvre d'Elisabeth Badinter pour faire une analyse de ses thèses, aussi vais-je simplement vous parler des miennes. Pour moi, le féminisme est synonyme d'égalité des chances pour les deux sexes - à cet égard, il s'agit simplement d'un prolongement de la démocratie. Le mot «féministe» ne prend une connotation politique que lorsque s'exercent des forces qui tendent à réduire l'égalité des chances pour les femmes ou à les discriminer - comme cela a été le cas en Occident pendant des siècles et comme c'est toujours le cas dans d'autres cultures.


Dans un contexte scientifique, le féminisme prend une importance toute particulière dès lors que l'on sait que les pressions sur les femmes liées aux théories darwiniennes n'ont pas été prises en compte pendant bien longtemps. On prenait pour postulat que toutes les femmes seraient mères, que toutes les mères élèveraient autant d'enfants que possible et que toutes les femmes étaient des créatures passives, dénuées de facultés stratégiques, qui avaient évolué simplement pour produire et allaiter des bébés.


Au passage, je trouve passionnant que l'un des premiers théoriciens de l'évolution à commenter combien les effets de la sélection sur les femmes étaient ignorés ait été une Française, Clémence Royer, traductrice de Darwin. Mais à cette époque, ses contributions peuvent se résumer en une formule: un prêche dans le désert. Clémence Royer a été complètement marginalisée, puis oubliée. Cent cinquante ans plus tard, lorsque j'ai commencé à étudier l'évolution des primates, j'ai considéré comme partie de mon travail d'étendre et corriger les théories de Darwin en décrivant les stratégies de reproduction des femelles autant que celles des mâles. Dans ce sens, ma sensibilité féministe a simplement fait de moi une meilleure scientifique.


De nombreux chercheurs se méfient de la sensibilité féministe parce qu'ils confondent féminisme et préjugés en faveur des femmes. Mais ils oublient combien les premières études de l'évolution étaient empreintes de préjugés en faveur des hommes. Personne, bien sûr, ne peut totalement s'affranchir des préjugés. Même le plus neutre des empiristes qui s'enorgueillit de son objectivité travaille parfois à partir d'hypothèses sujettes à diverses influences. Le travail d'un bon scientifique est de mettre en question et tester constamment les hypothèses de travail et d'utiliser des méthodes d'observation et de statistiques pertinentes afin de déceler ces influences éventuelles.


Et les préjugés en faveur des hommes dans la théorie darwinienne de l'évolution, je peux vous le dire, étaient particulièrement flagrants. Elisabeth Badinter a très bien perçu cela. Les préjugés sur les mères et le rôle des femelles dans le processus d'évolution devaient être à tout prix identifiés et remis à plat. Je suis très fière de pouvoir le dire aujourd'hui, beaucoup des préjugés qui ont heurté et affecté Clémence Royer ont été rectifiés. Après tout, c'est en cela que réside le salut de la science, comparée, disons, à la religion ou à d'autres conceptions du monde: la structure de la science implique qu'elle se corrige elle-même. Les scientifiques adorent corriger les erreurs des autres. (c)Kalvachov-Hana/Isifa/Sipa
A Prague, en janvier 2009, soixante-huit mères ont allaité leurs enfants en public pour protester contre Facebook, qui avait retiré des photos d'allaitement.







BibliObs.- Quand Elisabeth Badinter proclame que l'instinct maternel n'existe pas, n'est-ce pas déstabiliser certaines femmes, les faire douter de leur capacité d'être mère?


Sarah B. Hrdy.- Eh bien, nous pourrions peut-être demander aux principaux intéressés ici - les enfants - ce qu'ils en pensent. Il ne fait aucun doute qu'ils ont besoin, pour grandir, de la chaleur, de la proximité et de l'affection des membres d'un groupe très familier en qui ils aient confiance. Et si on leur donne le choix, ils préfèrent que la personne qui leur donne des soins soit... leur mère. Et les mères, pour des raisons physiologiques évidentes (l'allaitement étant la première), sont souvent celles qui ont le plus envie de donner aux enfants ce dont ils ont besoin.


Ceci dit, je suis convaincue que les humains ont évolué en en élevant les enfants en coopération (1). Les pères comme les mères ont une très grande capacité d'éducation. Parce que les hommes n'accouchent pas et n'allaitent pas, leurs réactions hormonales sont programmées de manière très différente. Mais il ne faut pas se méprendre : si un homme vit intimement avec une femme durant les derniers stades de sa grossesse et s'il est en étroit contact avec son enfant après sa naissance, il subira également une transformation physiologique. Il est probable que son taux de prolactine s'élève (pas autant que la mère qui allaite, mais leurs taux respectifs s'élèvent quand même) et son taux de testostérone s'infléchit. C'est extraordinaire. On peut supposer qu'il existe un grand potentiel inexploité chez les hommes dans ce domaine.


Par ailleurs, il n'est pas nécessaire de porter un enfant et d'accoucher pour se comporter «maternellement». Les réactions d'une mère adoptive peuvent être pratiquement les mêmes biologiquement que celles de la mère biologique; et c'est également pour cette raison qu'une nurse payée pour s'occuper d'un enfant peut développer un attachement beaucoup plus fort au bébé que la mère biologique.



<TABLE cellSpacing=0 cellPadding=0 border=1>


<TR vAlign=center bgColor=#999999>
<td>Les humains sont-ils des singes?

</TD></TR>
<TR>
<td>
Le mot «singe» se réfère spécifiquement aux chimpanzés, bonobos, orangs-outangs et gorilles. Ce sont des «singes non humains». Les humains, bien sûr, sont aussi des singes. Les humains sont les seuls singes qui se développent dans le cadre d'une éducation coopérative c'est à dire où des membres du groupe autres que la mère s'occupent des enfants. Ce sont les alloparents.</TD></TR></TABLE>

Récemment, des chercheurs en neurologie ont étudié les réactions cérébrales d'hommes et de femmes (y compris de femmes nullipares n'ayant jamais donné naissance à un enfant) qui regardaient un bébé de face. Les mêmes zones cérébrales qui s'activent alors sont les mêmes que celles qui sont stimulées par d'autres sensations de plaisir. Ce qui veut dire que les humains - la seule espèce de singes (voir encadré) à se développer en élevant les enfants en coopération - trouvent naturellement agréable d'être en contact avec des enfants et de s'en occuper; et c'est une bonne chose car il n'existe aucune autre espèce qui produise des petits qui mettent autant de temps à grandir et nécessitent autant de soins.


Ceci dit, il est important de garder à l'esprit qu'il n'y a rien de biologiquement exceptionnel ou d'anormal à ce qu'une mère humaine éprouve des sentiments ambivalents face aux exigences de son bébé. S'il y a un seul message à retenir de mon livre «Mother Nature», c'est que «les mères humaines ont besoin de beaucoup d'aide pour élever leurs petits.» Mais heureusement, il n'est pas indispensable d'être une mère biologique pour trouver gratifiant de s'occuper d'enfants, à tel point qu'une allomère, c'est-à-dire un membre du groupe autre que la mère, peut se sentir plus «maternelle» qu'une vraie mère qui a passé beaucoup de temps loin de son enfant. Dans mon pays, je m'inquiète beaucoup du devenir de la révolution féministe, tout comme Elisabeth Badinter le fait elle-même. Mais ma plus grande peur est que, en, tant que société, nous perdions l'art d'élever des enfants, et avec lui beaucoup de qualités humaines comme l'empathie, la conscience, le soin aux autres qui se développent au cours du maternage de l'enfant...


Propos recueillis et traduits par
Véronique Cassarin-Grand et Anne Crignon



(1) Ceci est développé dans son dernier ouvrage, « Mothers and Others :The evolutionary origins of mutual understanding ».



« La femme n'est pas un chimpanzé », entretien avec Elisabeth Badinter



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severine

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MessageSujet: Re: Et l'instinct maternel ????   Dim 14 Fév - 0:52

OUAAAH !! merci Louise pour ce superbe article! ça me parle beaucoup et rassure sur les discours féministes actuels...

J'aimerais vraiment savoir comment E. Badinter a forgé son discours récent (pour le peu que j'en ai entendu très caricatural voire "à côté de la plaque"): dans un bureau sans rencontrer la diversité des femmes d'aujourd'hui ??

ces femmes qui choisissent un maternage proximal et donc naturel, comment peut-on toutes les étiqueter de "mères qui se sacrifient" sous la pression ambiante?

peut-être que certaines le vivent comme cela au contact de personnes qui cherchent à les convaincre sans respecter leur libre-choix ni leur ressenti différent mais comment peut-elle généraliser cela à la majorité des femmes qui développent un maternage proximal? (et j'essaie aussi d'être vigilante à cela par rapport au portage des bébés car on a vite fait de l'ériger en vérité pour tous pour être une" bonne mère naturelle" sans respecter le ressenti et les choix de parents qui font différemment)

Et puis je trouve que pour une féministe, elle prend vraiment les femmes actuelles pour des andouilles pas capables d'adapter leurs choix à leur ressenti, à leurs limites selon le contexte de vie...

Que doit-elle penser des "pauvres filles" comme moi qui allaitent encore ses jumelles de bientôt 13 mois??

et bien j'aurais envie de lui dire que cela a été un pur plaisir qui m'a même aidé et que à aucun moment je me suis imposé de continuer... et que les couches lavables que j'utilisais pour mon enfant avant elles, je ne me sentais pas de les utiliser pour mes filles dans ce contexte familial, alors je suis passée aux jetables (écolos le plus possible quand même) et que encore j'ai envie de concilier maternage et reprise à mi-temps du travail car je sens que c'est le moment pour moi, tout en poursuivant l'allaitement (et oui, c'est possible et dans les pays nordiques , ça fait longtemps que les féministes ont valorisé cette possibilité!!)

alors cette Me Badinter qui a certainement beaucoup milité pour les droits des femmes devrait maintenant davantage sortir et venir nous rencontrer par exemple...

en tous cas, au travers de son discours, je comprends un peu mieux les réticences qu'on rencontre parfois chez des gens pour qui les assos comme "la Leche ligue" font peur.. et en fait, quand on creuse un peu, ils s'en tiennent juste à des préjugés sans connaitre vraiment ces assos ou à une généralisation à partir d'une personne peut-être trop "dogmatique".

voilà voilà mon avis du moment sur ce sujet qui me touche beaucoup et m'interroge...
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Louise

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MessageSujet: Re: Et l'instinct maternel ????   Mar 16 Fév - 1:36

Voilà un article chopé sur internet paru dans le magasine Marianne. Le ton est cassant mais le fond est intelligent...(enfin selon mon point de vue). Ca m'a bien parlé quoi !! Bon lisez le et ensuite je poste un autre petit truc rigolo fait par une copine qui fait des bds...(dailleurs l'article je l'ai chopé sur son site). Bises à tout le monde




Elisabeth Badinter sort un livre sur les femmes et l'allaitement...La blogueuse Monolecte se demande si la féministe n'aurait pas oublié qu'il y a encore des combats, plus importants, à mener sur les droits des femmes.




capture d'écran - France Inter

Dans les journaux, dans les hôpitaux, dans les alcôves, à la télé, sur les plages, dans la rue, à la radio, dans le lit, dans l’espace public comme dans la plus stricte intimité, l’OPA sur le corps des femmes ne cesse jamais ! Et c’est encore pire quand le féminisme médiatiquement correct s’en mêle !
Hier, c’était la journée Élisabeth Badinter sur France Inter.

Ça tombe bien, ça rime.



Badinter, c’est du lourd, c’est du sérieux, une philosophe, une intellectuelle féministe. Et comme le souligne le film de « La Domination masculine », en terme de défense du droit des femmes, il y a encore du boulot, des marches à gravir et surtout des étapes à ne pas repasser en marche arrière, comme ce serait un peu la tendance en ce moment. Des combats à mener pour les droits des femmes, ça ne manque pas. Rien que pour l’exemple, prenons l’inégalité la plus fondamentale de toutes, celle qui rogne bien des ailes et rend bien dépendante la plupart d’entre nous, l’inégalité devant l’emploi, que ce soit en terme d’accès ou de salaire. Mieux éduquées que les garçons, nous sommes tout de même deux fois plus nombreuses qu’eux à ramer au SMIC, l’insultant petit salaire minimum que ce gouvernement maintient fermement sous la ligne de flottaison budgétaire. Et les hommes gagnent en moyenne 37 % de plus que les femmes. Si l’écart de rémunération s’était réduit de 1972 à 1993 sous la pression des mouvements féministes, il se maintient fermement depuis, ce qui laisse penser qu’il y a encore bien du travail à faire sur ce seul chapitre.



Et ne parlons pas de tout le reste, de toutes les autres contraintes du corps social sur le corps des femmes, toutes les injonctions physiques, comportementales, vestimentaires, sociétales, qui nous enferment, nous limitent, nous entravent, nous écrasent finalement aussi sûrement qu’une bonne grosse burqa mentale.


Il faut, y a qu’à, tu dois, les normes, les mensurations, les regards, les obligations, nous sommes d’éternelles mineures, nous sommes en permanence sous tutelle, sous contrôle. La mode dicte notre couleur préférée du mois; le médecin, notre poids idéal; l’employeur, régulièrement, notre coupe de cheveux, la longueur réglementaire de la jupe. Nous sommes même à présent soumises à l’impératif médiatique de l’orgasme et on en profite pour re-banaliser l’usage de la machine à jouir, astucieusement rebaptisée sex toy pour l’occasion. On légifère abondamment sur le tissu religieusement ostentatoire... mais surtout lorsqu’il est porté par les femmes.



Bref, il y a de quoi faire sur le front de la libération des femmes dans notre société, même la nôtre, soi-disant si évoluée, aussi j’attendais un peu mieux du poids lourd de la philo féministe qu’un brûlot un peu constipé autour de la seule question de la maternité et plus particulièrement de l’allaitement. D’un seul coup d’un seul, le problème n’est plus de se manger un plafond de verre dans la société parce que nous sommes immanquablement soupçonnées d’être des serials pondeuses complotistes qui ne rêvent que de se goinfrer des chapelets de congés parentaux aux crochets de la société en générale et de l’entreprise en particulier, non, le vrai problème, c’est la dictature de l’allaitement maternel, le modèle maternant.



Personnellement, si la pesanteur n’avait pas déjà commencé à s’en charger, les seins m’en tomberaient jusqu’aux chevilles, encadrant magnifiquement ma mâchoire béante. Parce que dans le vrai monde où je vis, on ne peut pas dire que j’ai été poussée, même gentiment, sur la voie de l’allaitement maternel. Enfin, si, juste au début, le temps de comprendre que le biberon, c’est tellement mieux, surtout pour reprendre le boulot à la fin du congé réglementaire.



Biberon ou nichon, telle est la question.

Productivisme ou temps de vie, telle est la réponse.



On peut arguer de l’intérêt du biberon pour l’égalité de la participation parentale dans le couple, c’est même un argument qui pourrait se tenir, le côté pratique, l’indépendance de la femme et tout ça, mais derrière la prise de position furieusement post-moderne et avant-gardiste de la Badinter, je sens poindre d’autres considérations nettement plus pragmatiques, plus en adéquation avec la marchandisation des pratiques, des vies, la soumission implicite aux besoins impérieux de l’entreprise-monde.



Avoir un enfant qui grandit dans le ventre modifie pas mal les perspectives, les priorités, pousse à l’introspection et à la remise en question de bien des certitudes de cartons-pâtes à l’usage de ceux qui n’aiment pas creuser dans la fosse à purin des idées préconçues. Forcément, avec le ventre qui se distend et ces seins, encore plus gros et lourds que d’habitude, on finit par se poser la question de l’allaitement. Et franchement, même enceinte jusqu’aux dents, je ne pouvais concevoir qu’une créature puisse me boire. Comme une outre, comme une vache, comme un mammifère, justement. De ces seins allait sortir du lait et l’idée même de cette sécrétion m’était vaguement écœurante.


Mais voilà, je ne suis justement pas qu’une vache. Je suis une personne, douée de langage et de conscience. Je peux donc réfléchir à un problème et prendre une décision par moi-même, en fonction de ce que je sais, de ce que je suis, de ce que je veux, de ce que je désire. Parce que je suis aussi éthologue, je savais que l’apprentissage du goût, in utero, quand l’enfant déglutit en permanence le liquide amniotique parfumé par mes choix alimentaires, que cet apprentissage se poursuit pendant l’allaitement maternel. De la même manière, je savais que le contact induit par l’allaitement, le croisement des regards, tous ces moments aident à l’édification du lien affectif parfois difficile à mettre en place entre un enfant et sa mère. Je savais aussi que l’allaitement maternel est pleinement efficace pour la santé du nourrisson que s’il est exclusif pendant au moins les 6 premiers mois de vie. Je savais donc aussi forcément que ce choix ne pourrait que se faire à l’encontre des normes édictées par la législation du travail, laquelle n’est pas compatible avec ces impératifs biologiques.

Et c’est bien là que le bât blesse.



Je suis aussi indisposée par les ayatollahs de la mamelle maternelle au long cours, érigée en alpha et oméga de la parentalité au féminin, que par les arguties aux implications commerciales et productivistes des thuriféraires du biberon. Parce que les uns comme les autres, je les trouve particulièrement indifférents à la volonté et au ressenti des femmes, prompts à défendre des intérêts qui ne sont pas forcément les nôtres à nous déposséder, une fois de plus, de ce qui me semble l'essentiel de la lutte pour les femmes : le droit inaliénable au choix!

Mamelon ou biberon, couches jetables ou lavables, travail ou foyer, avoir des enfants ou pas, avoir un compagnon, ou plusieurs, ou aucun, au final, ce dont on a vraiment besoin, c’est d’avoir le choix. Le choix de prendre le temps d’une aventure rare dans une simple vie de femme. Le choix de ne pas s’attarder, de ne pas s’attacher. Le choix du rythme. Le choix du mode de vie. Et non la juxtaposition anarchique des injonctions contradictoires qui prétendent nous dicter ce que nous sommes, ce que nous voulons, qui nous enferment dans des modèles, des configurations, des normes.

Certains et certaines se demandent pour qui pédale la Badinter qui a monopolisé le crachoir aujourd’hui. Ce dont je suis sûre, c’est que ce n’est sûrement pas pour la cause des femmes et qu’avec des soutiens comme le sien, le féminisme n’a plus besoin d’ennemis.
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MessageSujet: Re: Et l'instinct maternel ????   Mar 16 Fév - 1:37

Et pour le fun, voilà la p'tite Bd d'Amandine Alamichel !

Cliquez là : http://didine.eklablog.com/nichons-versus-biberons-feminisme-et-couche-culotte-a1014809
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MessageSujet: Re: Et l'instinct maternel ????   Mer 17 Fév - 16:17

pas mal, pas mal...
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MessageSujet: Re: Et l'instinct maternel ????   

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